Vétiver Overdrive : Behind the scenes X Amélie Bourgeois
Amélie Bourgeois n’en est pas à son coup d'essai lorsqu’elle signe Vétiver Overdrive pour L’Orchestre Parfum. Elle avait déjà créé pour Pierre Guguen Cuir Kora, Thé Darbouka et Encens Asakusa.
Un dialogue fructueux.
Vétiver Overdrive marque donc leur quatrième collaboration. Un échange fluide et stimulant, “car Pierre a une grande culture du parfum et de la musique”, explique Amélie. “C’est un véritable directeur artistique: il sait où il va, il te guide jusqu’au bout, ses briefs sont techniques et précis. Lorsqu’on développe un parfum ensemble, on expérimente beaucoup, l’entente est riche et complémentaire” poursuit-elle.
Il a fallu trente-cinq essais pour Vétiver Overdrive. “Le premier a été un coup de coeur, que nous avons beaucoup peaufiné. Avec toujours en tête cette quête de vibration. Nous avons ensuite arrondi le propos, fait quelques réglages pour parvenir au juste équilibre”.
Le vétiver, fil rouge du parfum.
A l’origine de Vétiver Overdrive, l’envie de Pierre Guguen de travailler le vétiver. “Pierre a toujours une idée directrice, autour d’une matière première qu’il associe à un style de musique” explique Amélie. “Ici, c’était un hommage au berceau du delta blues”. Un road trip en voiture dans le Bayou, bercé par l’air des champs, de l’eau qui filtre par la fenêtre et le son du blues que diffuse la radio.
Le vétiver s’imposait comme une évidence, car c’est la racine que l’on utilise en parfumerie. Cette racine qui fait écho à celle du blues : les worksongs, héritage culturel de l’esclavage, dont les sonorités empreintes de tristesse, se retrouvent dans le blues. Cette fameuse note bleue qu’Amélie a retranscrit à l’aide de l’ambroxan. “Pour moi, la blue note, c’est un effet sonore montant, irradiant. Pour ciseler cette facette fusante qui éclaire une partition - ici olfactive - j’ai joué de l’ambroxan. Ses nuances verticales apportent une tension, une dimension vibrante, électrique au parfum”.
Mettre le Bayou en flacon.
Vétiver Overdrive repose sur une trame agrumes/vétiver qu’Amélie a twistée de bois ambrés pour la moderniser. Elle l’a aussi habillée de lavande, de géranium et de dihydromyrcenol - molécule à l’effet propre et aromatique. “Pierre souhaitait apporter une facette fougère au parfum. Ce côté barbier, viril, évocateur de la nature puissante du delta du Mississippi. Nous avons donc amené l’accord boisé vers une fougère contemporaine”.
Pour parfaire le tableau, Amélie a glissé quelques touches salines, iodées, dans la formule. Comme pour dépeindre les odeurs aqueuses qui ont bercé le road trip de Pierre. Une manière d’esquisser l’image de cette nature exubérante, aquatique et sauvage, gourmande en eau, chargés de cette chaleur ozonique étouffante propre au Bayou. Un effet terre mouillée que souligne le vétiver. De ses notes terreuses, il suggère le labeur, le travail laborieux de la terre où le blues a vu le jour. Sans oublier la profondeur du vétiver, qui sied si bien à celle du blues.
Article rédigé par Sophie Normand pour L'Orchestre Parfum.
Échanges recueillis à Paris - Mai 2024