Flamenco Néroli: une fleur d’oranger vibrante et radieuse
Lorsque Pierre Guguen lance sa marque en 2017, il dévoile d’emblée une série de cinq parfums, signés par le duo féminin de Flair. Cinq fragrances qui mettent chacune en scène un registre musical. Parmi celles-ci, Flamenco Néroli nous plonge en plein cœur de Séville, au rythme des arpèges d’une guitare flamenca.
Pour planter le décor, la parfumeuse Anne-Sophie Behaghel a joué du néroli, plus connu sous le nom de fleur d’oranger. Une icône de l’Andalousie - Séville est peuplée d’orangers qui embaument au printemps- mais aussi de la parfumerie. Son parfum facetté se prête volontiers à l’imagination créative des parfumeurs. L’occasion d’explorer les secrets de cette fleur qui fait l’unanimité. Car en effet, chose rare, personne ne déteste la fleur d’oranger.
Origines et culture du néroli
Cette fleur nous vient du bigaradier ou de l’oranger amer, un arbre originaire de Chine et d’Inde. Sa culture s’étend par la suite au pourtour méditerranéen, ainsi qu’en Espagne, où il fût importé par les Arabes dès le IXème siècle. Il fût introduit en Europe lors des Croisades au XIème siècle.
Aujourd’hui, on produit de la fleur d’oranger en Espagne, au Maroc, en Egypte et en Tunisie. En France, l’arbre est encore cultivé à Vallaurys, en Provence. C’est un arbre prolixe pour la parfumerie, puisque tous ses éléments se prêtent à la parfumerie: du fruit à la fleur en passant par les feuilles. En effet, la distillation du fruit permet d’obtenir de l’huile essentielle d’orange amère, celle des rameaux de l’huile essentielle de petit-grain, et celle de la fleur, de l’huile essentielle ou de l’absolu de fleur d’oranger.
La récolte de la fleur d’oranger se fait au printemps et s’étale sur presque un mois.
Le néroli doit son nom à Marie de Trémoille-Noirmoutiers, épouse Orsini, duchesse de Bracciano, princesse de Chalais et de Néroli, qui adorait la fraîcheur naturelle de la fleur d’oranger.
Néroli ou fleur d’oranger?
Pourquoi parle-t-on de néroli et de fleur d’oranger? La distinction entre ces deux termes, qui désignent la même fleur, tient aux techniques d’extraction. En effet, la fleur d’oranger est la seule fleur à pouvoir supporter la distillation et l’extraction aux solvants. Suivant la technique utilisée, on parlera de néroli ou d’absolu de fleur d’oranger.
Lorsqu’on distille la fleur d’oranger, on obtient une huile essentielle que l’on nomme néroli. Cette méthode met l’accent sur les facettes fraîches de la fleur, avec une huile essentielle au parfum floral, zesté, un brin herbacé. Le néroli dégage une certaine candeur, sensation qui puise dans l’univers de l’enfance, puisque beaucoup de crèmes pour bébés lui empruntent sa senteur. Cette huile essentielle est onéreuse (près de 6000 euros le kilo), en raison de son faible rendement. Il faut, en moyenne, une tonne de fleurs pour produire un kilo de néroli .
L’extraction aux solvants révèle un visage plus sensuel de la fleur. Cette technique consiste à verser les fleurs dans des cuves remplies d’hexane, d’éthanol ou de CO2 supercritique, pour obtenir une concrète. Une pâte cireuse et odorante, qui est ensuite lavée dans une solution hydroalcoolique, puis filtrée pour conserver les parties odorantes solubles dans l’alcool et obtenir l’absolu de fleur d’oranger. Plus capiteuse, celle-ci se fait narcotique, ronde et miellée.
Ces deux techniques dévoilent ainsi deux facettes différentes de la fleur, entre fraîcheur et sensualité. Une dualité qui lui vaut parfois le surnom de “lolita” de la parfumerie.
Le néroli: profil olfactif
Le néroli exhale des nuances zestées, herbacées, et florales. Puisqu’il s’agit d’une fleur blanche, au même titre que le jasmin, la tubéreuse ou l’ylang-ylang, le néroli déploie aussi une facette solaire. L’absolu de fleur d’oranger est plus rond, miellé et envoûtant.
Cette senteur complexe tient à la structure organique de la fleur. A ces molécules qui entrent dans sa composition naturelle et dont jouent les parfumeurs pour exalter certaines facettes de la fleur. A l’image du lilanol, commun à la bergamote, à la lavande et au néroli, qui vient appuyer ses tonalités zestées et agrestes. Ou de l’indole, au souffle animal, charnel. Mais aussi de l’anthranylate de méthyl, qui souligne l’aspect “oranger”, une facette plus suave de néroli. Les salicylates de benzyl amplifient son charme solaire.
De la fleur à Flamenco Néroli
Pour L’Orchestre Parfum, Anne-Sophie Behaghel habille le néroli de cèdre et de bois ambré pour restituer la vibration des cordes de guitare. Dans un jeu de contrastes, elle exalte la fraîcheur hespéridée et herbacée de la fleur en jouant de bergamote et de lavande, insufflant de l’éclat au parfum. Une boule de muscs souligne la douceur naturelle de la fleur, offrant de la rondeur et du confort au sillage. Un parfum vibrant et lumineux.
Article rédigé par Sophie Normand pour l'Orchestre Parfum